jeudi 22 avril 2010

Call TV: télé-réalité nouveau genre



Vendredi, 23h30. Au programme: Des Kiwis et des hommes à Radio-Canada. Un film déjà vu trois fois à TVA. Des reprises des Moquettes Coquettes à Télé-Québec. Heureusement, V nous offre une contre-programmation hors de l'ordinaire: Call TV.

Au diable Occupation Double ou Big Brother: Call TV est l'ultime télé-réalité. Une improvisation comparée sur le thème «Textez-nous pour participer à notre télé-tombola». Nombre de joueuse: une animatrice ingénue sans expérience dans l'animation en direct. Durée: deux heures. Deux animatrices: Leïla, la blonde nerveuse à l'os, comme le rappelle son rire à la Peter Griffin. De l'autre, Sunny-Stella, l'énigmatique femme fatale échappée d'un film noir.

Six soirs sur sept — ça serait bien le comble si Call TV se mettait en travers de Bleu Nuit —, Leïla ou Sunny-Stella nous accueillent avec un bien senti «Alors bonsoir...Bienvenue à Call TV, où divertir est notre plaisir». Sur fond de musak techno tonitruante et d'effets sonores cheaps, elles nous proposent de remporter des prix en argent moyennant la résolution d'énigmes à la facilité déconcertante... et l'envoi d'un texto qui vous sera facturé un dollar.

Le piège? Il est commun pour les producteurs de ne prendre aucun appel pendant des dizaines de minutes, voire une heure au grand complet, question d'engranger plus d'argent. S'ensuit le triste spectacle d'une animatrice qui meuble ce silence gênant par l'un des moyens suivants: parler pour ne rien dire, déparler, bafouiller, faire la baboune, séduire le spectateur, rire nerveusement, faire semblant de péter des coches. Parfois tout en même temps.

Perles et moment d'anthologie s'ensuivent. «Si vous vous dites que vous n'êtes pas chanceux, vous avez moins de chance.» «Pour vous aidez, écrivez la réponse sur votre divan.» «Au printemps, y'a beaucoup de pays que ça vaut vraiment la peine d'aller visiter, on a l'Europe, c'est vraiment super beau l'Europe en ce moment (...) les fleurs sont en fleurs.» «Si vous dormez, vous ne pouvez pas participer.» «Je vais vous dire une petite joke avec ça, j'ai le goût de la dire, mais c'est une joke plate. Quelle auto est la plus... que les vaches ont le plus peur, dans le fond? Une Volvo

De ces citations, les fans finis de l'émission en raffolent, au point de s'imposer deux heures de torture audiovisuelle, tournée en un lent plan-séquence. Pour le plaisir de voir en direct des fails de proportion épique qui ne manque pas de se produire, récompense suprême pour le brave téléspectateur rivé à son écran depuis les premières secondes de l'émission. Pour le plaisir de pouvoir en discuter sur Twitter avec une bande de fous qui commente en direct — oui, ça existe. Pour le plaisir de cette mise en abîme où Evelyne Audet twitte le lendemain qu'elle «est tellement contente d'être de l'autre côté de l'écran pour regarder Call TV» tout en retweetant les pires moments de la veille.

L'effet visuel d'un incendie qui surgit de l'écran lorsqu'il y a gros lot nous ramène toutefois à une triste réalité. Il ne brûle pas seulement les faux billets de 100$ que tiennent les animatrices, mais aussi leurs carrières. Comme dans le monde de la télé-réalité, Call TV amène une célébrité éphémère et stigmatise ses participants. Pour le plaisir de celui qui regarde.

2 commentaires:

WebSyCreation (Poésie) a dit...

J'adore ton article. C'est une façon polie de faire un résumé de calltv. Je twitt le plus souvent entre minuit et 2 heures du mat, que pour le partage de commentaires. Ça me fait assez rire et me détendre pour passez ensuite une bonne nuit. Bravo!

Elaine a dit...

J'adore Call TV. J'en ai parlé à quelques reprises sur mon blogue l'an passé, alors que ça jouait ici (au qc) pour la première fois.

Concept fascinant. Improbable que les gens appellent, mais les gens appellent!